Bien développer est-il un art ?
01 May 2015 âą 2 min read
Ces derniers temps jâai entendu plusieurs fois que des dĂ©veloppeurs passionnĂ©s considĂ©raient le dĂ©veloppement comme un art. Par exemple, le manifeste de lâartisan dĂ©veloppeur parle de ârecherche du beauâ, par opposition avec ceux considĂ©rant le code uniquement dans un processus industriel.

Je dois dire que je ne me retrouve pas dans cette idĂ©e. Cela fait plusieurs annĂ©es que je fais du dĂ©veloppement et jâespĂšre bien en faire encore de longues annĂ©es. Jâadore mon mĂ©tier, je considĂšre effectivement que le dĂ©veloppement web, logiciel, mobile, etc. va plus loin que âpisser du codeâ. Et pourtant je ne pense pas que du code puisse ĂȘtre âbeauâ, du moins pas au sens artistique.
Lorsquâun ingĂ©nieur en mĂ©canique a rĂ©ussi Ă concevoir un moteur qui rĂ©ponde Ă toutes les contraintes qui lui Ă©taient donnĂ©es, avec un coĂ»t minimal, quâil peut se sentir fier de sa crĂ©ation, alors Ă©ventuellement il pourra qualifier son Ćuvre de âbelleâ. Pour autant est-ce de lâart ? Quâen est il du chimiste qui qui aurait Ă©laborĂ© un nouveau composé ?

Jâai lâimpression que souvent aujourdâhui assimiler une compĂ©tence Ă un art est une maniĂšre de la mettre en valeur, ou au moins de laisser entendre quâelle demande plus dâefforts et dâexpĂ©rience quâil nây paraĂźt (âlâart de cuisinerâ, âlâart de rĂ©parer une machine Ă laverâ). Mais en y rĂ©flĂ©chissant, concernant le dĂ©veloppement, lâassimiler Ă un art ne le rabaisse-t-il pas en faisant oublier toutes les compĂ©tences techniques, relationnelles, dâingĂ©nierie, de veille technologique, etc. quâil nĂ©cessite ?
Car non, dĂ©velopper ne sâapprend pas en un jour. Câest de plus facile aujourdâhui, tant les (excellentes) formations en lignes fleurissent sur le web et mĂȘme dans les Ă©coles, et câest trĂšs bien. NĂ©anmoins apprendre Ă construire un produit, en partant de la comprĂ©hension du besoin, en passant par les phases de conception, de dĂ©veloppement, de tests, de mise en production, tout en ayant Ă lâesprit le besoin rĂ©el de lâutilisateur final et en remettant constamment en question ce qui a Ă©tĂ© fait, tout cela demande un savoir-faire acquis par lâexpĂ©rience.
DĂ©veloppeur est un mĂ©tier formidable, il serait tellement dommage de le rĂ©duire au code (comme dâutiliser un compte GitHub comme un CV) ! Oui faire du code propre, lisible, commentĂ© (mais pas trop ;)), optimisĂ© et parfait du point de vue algorithmique est extrĂȘmement apprĂ©ciable, et surtout nĂ©cessaire. Et dans ce cas on peut dire que âcâest du bon codeâ ou âcâest trĂšs bien codĂ©â.
Pour autant, je nâai pas de code encadrĂ© dans mon salon. Pas parce que mon code est mauvais, mais parce quâil nâest pas beau. Parce que je ne suis pas un artiste, je suis ingĂ©nieur.
PS : je ne dĂ©nigre pas lâinitiative dâArtisan DĂ©veloppeur, loin de lĂ . JâapprĂ©cie Ă©normĂ©ment tout ceux qui souhaitent valoriser le mĂ©tier de dĂ©veloppeur. Les clichĂ©s ont la vie dure, et heureusement que certains sont lĂ pour faire comprendre que le dĂ©veloppeur nâest pas/plus celui quâon sâimaginait il y a quelques annĂ©es.
Photos : Alexander Gounder, Joey Newcombe